Alors que la poésie ne cesse tout au long du XXème siècle de s’ouvrir au monde, aux autres arts et à la variété des publics, l’on est bien obligé de constater le paradoxal retrait de cette expression artistique de la sphère publique aujourd’hui. Ce phénomène qui n’est pas forcément universel, ni même européen, affecte la France en profondeur et nécessite un diagnostic complexe. ¶ Le dispositif de la résidence d’écrivain devrait permettre de redécouvrir le lieu avec une inscription de la littérature sur le terrain susceptible de créer une nouvelle dynamique autour de la poésie. En effet, l’émergence d’une «géographie littéraire»[1] nous invite à découvrir les relations complexes qui se nouent entre les lieux et la littérature. Du point de vue de la création, de la recherche littéraire et de la pédagogie, l’espace est aujourd’hui une catégorie clef qui permet de contextualiser les productions littéraires, d’interroger les images du monde qui sont éminemment variables et de réinterroger les processus de l’écriture. ¶ L’association Artifice entend s’inscrire profondément dans cette dynamique, en proposant des cycles de résidences poétiques sur l’écriture du paysage. Ce dernier est susceptible de vivifier notre rapport à la poésie puisque le paysage permet de découvrir la poésie dans la société et dans le monde et de la faire dialoguer avec l’histoire, la géographie, l’écologie, l’urbanisme, l’économie et la symbolique. La poésie permet d’interroger nos paysages, de faire parler l’espace, d’en prendre conscience et de se rendre compte des limites qu’il pose à notre existence, mais aussi des possibilités qu’il offre à notre imaginaire. ¶ Les résidences poétiques organisées par Artifice sont des résidences de création, consacrées essentiellement à la création littéraire. Elles ont lieu à Charleville-Mézières et dans la région Champagne-Ardenne au cours de trois temps forts de l’année (mars, juin et septembre/octobre). A ces moments, le poète partagera avec divers publics son expérience du lieu et du paysage et ses tentatives de les rejoindre par l’écriture.

[1] Michel Collot, Pour une géographie littéraire, Le partage des disciplines, LHT, Dossier, publié le 16 mai 2011, en ligne: www.fabula.org/lht/8/index.php?id=242. Pour plus d’information, voir le programme de recherche, dirigé par Michel Collot et Julien Knebusch, Vers une géographie littéraire de l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle: www.geographielitteraire.hypotheses.org