La poésie à la rencontre du paysage.
Entretien avec Julien Knebusch dans Carolo’Mag, N° 173, Charleville-Mézières, octobre 2013.

En quelques mot, que propose l’association Artifice ?

L’association a été créée au mois de décembre 2012 par l’ancien directeur de la médiathèque, Gérard Martin, qui en assure la présidence. Son objectif est la promotion de la poésie, sous toutes ses formes, à Charleville-Mézières, en région et dans un dialogue transfrontalier avec la Belgique. La poésie tend à devenir confidentielle aujourd’hui. Il s'agit de faire découvrir sa variété et de renforcer sa place ici en prenant appui sur les nombreuses initiatives menées et soutenues par la Ville de Charleville-Mézières au cours des années précédentes. Nous souhaitons également mettre en place des partenariats avec les maisons de la poésie de Tinqueux et de Namur. Ces lieux sont proches de Charleville-Mézières et ont su créer une réelle dynamique autour de la poésie. Il faut savoir s'associer à cette dynamique et développer les échanges poétiques de façon à ce que nous profitions tous de la richesse des rencontres et des lectures proposées.

Pouvez-vous nous parler du projet que vous menez avec Artifice à Charleville-Mézières ?

Cette année, Artifice organise un cycle de résidences poétiques sur l’écriture du paysage. En accord avec la Ville de Charleville-Mézières et son musée Arthur Rimbaud, elle invite trois poètes à résider à la Maison des Ailleurs pour écrire sur un lieu, depuis un lieu ou un paysage, afin de nous permettre de redécouvrir notre environnement. Le poète partage(ra) son expérience du lieu et du paysage et ses tentatives de les rejoindre par l'écriture au cours de rencontres avec le public. Différentes conférences sont proposées par des écrivains et des chercheurs pour nous permettre d'accompagner ces poètes géographes dans leur découverte de l’espace.

Le paysage est le thème abordé lors des résidences...

Ce thème s’est imposé à nous avec une quasi évidence tant l’identité du pays est singulière. Le paysage est aussi au coeur de mes recherches portant sur les poètes-voyageurs et constitue de façon plus générale, une porte d’entrée intéressante pour la poésie. Il permet de la découvrir dans la société et le monde et de la faire dialoguer avec l'histoire, la géographie, l’urbanisme, l’économie, la symbolique, car le paysage est par essence composite. Rien n’est seulement littéraire, géographique ou historique, lorsque l'on considère l'image d'un pays.

Quelle est la finalité de ces résidences ?

Faire venir des poètes et provoquer des rencontres. Il s'agit de résidences au sens fort du terme. Les poètes viennent s’installer à Charleville-Mézières et ne font pas que passer. Ils partent à la découverte d'un lieu et d'un pays et reviendront à Charleville-Mézières pour lire des textes issus de ces rencontres qui devraient nous permettre de redécouvrir notre environnement. Chaque paysage est à la fois collectif et singulier. Il est l'expression d'un point de vue personnel.

Charleville-Mézières et poésie sont étroitement liés. Que représente pour vous la ville ?

Beaucoup. Je suis tombé sous le charme de cette ville jaune et or, cernée par la forêt. Rimbaud y a écrit la plus grande partie de ses poèmes et a été sensible aux paysages de la région. C'est une ville frontière au cœur de l’Europe. Elle a souffert d'un point de vue économique et social, mais a su concevoir une politique culturelle dont je suis personnellement admiratif.